
Les
gens, en général, sont si peu enclins à reconnaitre le bonheur. Ils ont du mal à se dire "heureux", à parler de "bonheur"
pour eux. Ils y pensent comme une finalité ultime, un but lointain,
mais n'y arrivent jamais vraiment. Le bonheur paraît être un
sentiment tellement parfait.
Il en
va d'une idée générale, qui ne s'inscrit pas nettement dans les
pensées mais flotte en arrière plan, que cette joie s'atteint par
deux, via la rencontre avec « l'autre ». C'est dans le lien ; c'est
dans l'autre que tout se joue.
Si
l'on observe bien, il y a un sentiment qui nous prend, un moment dans
notre vie, et celui-là même engendre l'impression d'un bonheur
débordant. Joie transperçante, on n'hésite plus ; ça y est, on
est heureux. L'amour. L'amour qui suppose autrui, autrui qui comble,
qui remplit une partie de nous autrefois vide. Les papillons dans le
ventre, le sourire collé aux lèvres. C'est stupéfiant, tout le
monde le sait.
Alors c'est ça, c'est par
l'autre que l'on daigne imaginer l'accès à la joie.
Le bonheur, est-ce les
autres ?
Pourquoi ne pourrait-on
pas imaginer se donner soi-même un tel degré de béatitude ? Être
heureux avant la rencontre avec autrui, être heureux juste
avec soi, d'abord. Cela devrait être une étape logique de
construction de toute vie.
Sans doute vous
paraitrais-je tellement individualiste...Mais en réalité, sur qui
sommes nous certain de pouvoir compter ? De qui en savons-nous assez pour offrir notre entière confiance ? Il n'y a qu'avec nous-même
que nous pouvons avancer, avec assurance, les yeux fermés. Comment
juger l’honnêteté, la bienveillance, la bonté, si l'on ne vit
pas à l'intérieur même de celui ou celle qui se dit honnête,
bienveillant et bon ? Il est si facile de jouer, et on joue tous.
Quand
on se suffit à soi-même,
on
arrive à posséder ce bien inestimable qu'est la liberté.
Épicure



